Une autre PAC est possible

Vaches suisses au pré
L’étrange destin des vaches suisses

À partir de la vision un peu surréaliste d’une vache volante dans les montagnes suisses, une réflexion intéressante sur la place que peu prendre l’agriculture dans la société civile.

La raison pour laquelle le gouvernement envoie de l’argent aux fermiers qui continuent à  pratiquer l’agriculture de montagne est simple : dans un sens, ils rendent un service au pays. Et l’explication juridique peut-être trouvée dans un changement de la politique agricole suisse qui a été opéré il y a vingt ans à  peu près. Jusque dans les années 1990, les fermiers étaient payés plus cher pour leurs récoltes que dans le reste du monde, rappelle Peter Moser, un historien qui dirige les Archives de l’Histoire Rurale de Berne. Ils étaient aidés par des subventions au marché qui rendaient l’agriculture suisse — une tâche très coûteuse si on la compare avec ses équivalent ailleurs dans le monde — plutôt vivable.

Mais à  partir de ces années 1990, pour répondre aux attentes de l’Organisation Mondiale du Commerce, ces subventions ont dû être abolies. Le gouvernement suisse ne voulait pas exposer ses fermiers au libre marché, ne souhaitait pas qu’ils souffrent de la concurrence de manière générale et dans le cas des éleveurs de vache, de celle des dirigeants de ranch avec bien plus de terres et donc des facilités pour élever rapidement des bêtes de manière peu coûteuse. Une astuce fut trouvée.

Les subventions accompagnant les prix du marché se sont arrêtées, c’est un fait. Mais les fermiers furent alors payés directement par le gouvernement, pour quelque chose d’autre. Ils furent payés pour, entre autres activités, déboiser les pâturages de montagne, laisser les vaches loin des forêts et faire en sorte que l’eau reste propre. Ils furent payés pour conserver des terres fertiles, pour traiter leurs animaux de manière décente et pour maintenir les structures sociales des zones rurales. C’est une manière de penser à  l’organisation du territoire que les chercheurs en environnement appellent un « revenu pour des services rendus à  l’écosystème ». Au fond, le gouvernement suisse récompense les fermiers s’ils préservent le paysage — naturel et culturel.

Ils n’étaient pas les premiers. Après que l’humus de la plupart des terres arables a été séché et balayé par le Dust Bowl des années 1930, les États-Unis ont commencé à  payer les fermiers pour éviter la surexploitation. En 2000, la Chine a elle aussi commencé un programme payant les agriculteurs pour ne pas déboiser des terres qui auraient été par la suite victimes de l’érosion. À une moindre échelle, de nombreux arrangements dans le monde visent à  compenser les fermiers pour travailler d’une manière bénéfique pour l’environnement – parfois incluant une lieu d’échange sur lequel des crédits pour tel comportement peuvent être échangés, ce qui n’est pas le cas en Suisse. Mais orienter la politique agricole de telle sorte qu’elle se concentre sur le paiement de services éloignés de la production de nourriture reste relativement inhabituel.

via RAGEMAG | Vaches volantes.

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