Alors que l’économie gersoise entre à  son tour en récession selon la dernière enquête de conjoncture de la CCI, il devient urgent que les administrations publiques et collectivités territoriales aient une politique économique en accord avec leurs discours.

La Gascogne dans son ensemble — et le Gers en particulier — est un territoire très peu industrialisé, essentiellement tourné vers l’agriculture et le tourisme. Si l’on considère les zones rurales comme des entités économiques à  part entière, on se rend compte que nous avons un faible PIB par rapport aux régions plus urbanisées, parce que notre économie sous-tend des activités qui reposent essentiellement sur du travail peu rémunéré et qui dégagent donc peu de valeur ajoutée sur nos territoires.

À partir de ce moment-là , la démarche de développement rationnelle consiste donc à  ne pas laisser partir nos jeunes diplômés dans les métropoles et à  soutenir au maximum les entreprises locales. Or, rien ne soutient mieux les entreprises privées que la dépense publique, comme le succès des plus grosses entreprises nationales le démontre. Fixer la valeur ajoutée dans nos territoires permet de trouver les marges de manœuvre nécessaires pour attirer d’autres activités et augmenter ainsi notre richesse locale.

Autrement dit, pour les administrations comme pour les ménagères, la priorité est d’acheter local.

Or, force est de constater que derrière les beaux discours de soutien aux entreprises locales, il y a la réalité des pratiques et des marchés publics attribués par les administrations, pourtant toujours les premières à  déplorer l’évasion commerciale des consommateurs individuels.

Ici, nous soulignons le cas aberrant de l’attribution des lots de transport scolaire gersois. Il faut savoir que dans notre département abandonné par les transports en commun, le car est la seule alternative à  la voiture individuelle pour se déplacer. Il est donc d’une importance vitale pour notre territoire de maintenir un réseau d’entreprises de transport suffisant pour répondre à  nos besoins présents, mais surtout pour anticiper nos besoins futurs, à  l’heure où la fin du carburant bon marché a définitivement sonné.

Le transport scolaire gersois est entièrement pris en charge par le Conseil Général du Gers. Il s’agit donc d’une dépense collective et solidaire à  destination de la population. Le fait d’avoir attribué l’essentiel des lots à  des entreprises nationales va avoir des répercussions importantes, même si les entreprises extérieures ont promis de réembaucher les chauffeurs dans les mêmes conditions… Il faut donc admettre qu’elles vont prendre à  leur charge l’ancienneté des chauffeurs et s’engager à  ne pas les virer sous des prétextes fallacieux dans les mois qui viennent…

Hypothèse peu réaliste quand on comprend que ces entreprises ont remporté le marché en cassant les prix  : avec une envergure nationale, elles peuvent se permettre de vendre une prestation à  perte… le temps de couler la concurrence locale et de se retrouver seuls acteurs sur le marché local et imposer leurs conditions.

Autrement dit, nous avons cédé une activité très importante dans la vie de notre département pour racler quelques euros de plus ici et maintenant, sans considérer les conséquences à  moyen terme  : destruction du secteur des transports autocaristes locaux, évasion fiscale (l’entreprise nationale ne paiera pas ses impôts sur notre territoire, contrairement aux entreprises implantées dans le département) et création de nouveaux chômeurs qui iront grossir les rangs de ceux que la même solidarité départementale doit soutenir. N’est-ce pas là  se tirer une balle dans le pied?

Accuser les transporteurs locaux de n’avoir pas aligné leurs prix vers le bas alors qu’ils ne les ont pas modifiés depuis 2008 malgré l’augmentation constante du prix des carburants est un argument de très mauvaise fois et de courte vue  : c’est faire fi des réalités économiques du dumping que peut se permettre une grosse entreprise pour s’emparer d’un marché local en détruisant systématiquement son tissu économique concurrentiel. C’est aussi refuser de voir que 45  â‚¬ pour transporter un enfant vers son école deux fois par jour, 180 jours par an, ce n’est vraiment pas cher payé. Que chaque parent évalue ce qu’il lui en couterait de faire ce même trajet en voiture individuelle. Multiplions cela par le nombre d’enfants et visualisons bien le déficit commercial engendré pour notre département par ces achats massifs de carburant supplémentaire… sans compter les encombrements et la pollution.

Et pourtant, en plaçant le prix en première considération dans un appel d’offres, plutôt que la localisation et les circuits courts, c’est peut-être cet avenir que vient de sceller le Conseil Général  : un avenir où les entreprises locales de transport auront été balayées par des entreprises nationales, très peu préoccupées par nos problématiques économiques et environnementales, qui seront en position d’imposer leurs conditions ou de nous laisser sans aucun mode de transport collectif.

Cultivons nos talents.

Ce constat ne s’arrête pas au problématique secteur des transports. Alors que le Gers est riche de multiples talents dans une grande diversité de domaines et que différents programmes prétendent soutenir les entreprises locales, les bonnes intentions s’arrêtent souvent à  l’heure de sortir le bon de commande et le carnet de chèques.

Les procédures actuelles d’appel d’offres des collectivités locales n’ont pas été pensées pour les petites entreprises ancrées dans le territoire, mais pour de grandes entités capables de tirer les prix vers le bas le temps d’éreinter la concurrence. Communication, internet, markéting, toutes les productions à  forte valeur ajoutée sont très régulièrement attribuées à  des entreprises lointaines, implantées dans de grandes métropoles régionales. Non seulement le prix est trop souvent le premier critère, mais il n’est pas rare que pour les commandes publiques ne nécessitant pas un appel d’offres, que le marché soit attribué tout de même à  une entreprise dont l’implantation lointaine et urbaine semble asseoir la réputation.

Ainsi, l’on achète plus facilement des prestations de services aux entreprises à  de grosses agences de Toulouse ou Bordeaux (on les imagine plus compétentes!), en ignorant très probablement que le travail sera exécuté le plus souvent par un sous-traitant ou un stagiaire  : un marché avec une collectivité rurale mobilise rarement les cadors de l’entreprise  !

Et donc, c’est l’argent des contribuables qui sert à  financer les bénéfices d’entreprises implantées dans les métropoles dont on ne cesse par ailleurs de dénoncer le poids économique croissant. La dépense publique actuelle alimente ces déséquilibres entre territoires et continue d’assécher nos ressources fiscales tout en poussant nos entreprises à  la faillite et leurs salariés à  l’exil ou la pauvreté.

Un cercle vicieux qu’il serait temps de briser en redonnant la priorité aux circuits courts et aux talents locaux  !

Document à  l’appui, le patron s’offusque de constater que le critère principal retenu (pour 70% dans la décision finale) est le tarif proposé par les entreprises  : « Ce qui veut dire que la valeur technique ne compte que pour 30 %. On fait passer la sécurité des enfants au second plan. »

via Gers  : des licenciements à  prévoir dans les entreprises de transports scolaires — SudOuest.fr.

 

Citant l’entreprise Sabaron, «celle-ci a fait des offres sur 15 lots avec des prix supérieurs de 25 à  70 % sur les 13 lots sur lesquels elle n’a pas été retenue ». Michel Sabaron confirme que ses offres étaient identiques à  celles de 2008 et avance que c’est pour «prendre les marchés » que les nationaux proposent des prix si bas. «Mais lorsqu’ils ne seront plus que deux ou trois, sans racines gersoises, à  se partager le marché, on verra si le département ne paiera pas davantage que les actuels 45  â‚¬ par an, par enfant ».

Colère des petits du transport

 

Quant à  l’emploi local, la collectivité indique que les entreprises lauréates sont soumises à  une clause de reprise des chauffeurs selon une convention collective des entreprises de transport public de voyageurs.

« On peut regretter qu’un chef d’entreprise qui bénéficiait de l’avantage de l’expérience sur certains secteurs ne l’ait pas mise à  profit pour calibrer une offre au bon prix », conclut le Conseil général.

le Conseil général dément les menaces sur l’emploi des chauffeurs scolaires