Nous avons un peu facilement tendance à penser que ce qui se passe au Testet ne nous concerne en rien.

Qu’il s’agit là d’une bande de vanupieds qui n’ont rien de mieux à faire de leur journée que de mettre le bazar et d’empêcher la bonne marche du progrès.
Quitte à y laisser un peu leur peau en passant.

En fait, ce qui se passe au Testet est déjà une importante question agricole : celle de la culture intensive du maïs, plante tropicale importée d’Amérique et dont l’acclimatation s’est révélée bien plus limitée que celle de la tomate. Le maïs a besoin des impressionnantes quantités d’eau qui se déversent dans les zones subtropicales à la saison des pluies et dont nous ne disposons pas. Après avoir tapé pendant des décennies dans les réserves des nappes phréatiques et pompé comme des fous dans le réseau hydrographique, il aurait bien fallu se rendre à l’évidence et trouver d’autres cultures pour notre climat tempéré. Mais non, on continue la fuite en avant et on construit des barrages dont l’efficacité à moyen terme reste vraiment à prouver, tout en détruisant allègrement des ressources naturelles qui ne reviendront plus.

La réalité toute nue, c’est que nous n’avons pas les ressources en eau pour cette plante qui sert essentiellement à nourrir les animaux et potentiellement à faire rouler les voitures. Nous pouvons nous mettre la tête dans le sable et dire que ça marche jusqu’à présent et que ça continuera à marcher, d’autres civilisations avant nous ont détruit leur environnement au point de ne pouvoir y survivre et de s’effondrer ensuite, jusqu’à disparaitre.

L’autre chose qui fait que l’on est concerné par le Testet, c’est que nous dépendons en Gascogne de cette même Agence de l’eau Adour-Garonne et qu’elle a des tas de Testet pour tout notre territoire qui n’attendent qu’une bonne occasion pour sortir des cartons. Et que cette politique de pompier pyromane, c’est nous tous qui la finançons à travers l’inflation de nos factures d’eau.

Mais encore plus important, c’est que ces projets, fondamentalement, tous les acteurs concernés savent pertinemment qu’ils sont – au mieux – inefficaces et mal foutus… mais qu’ils prétendent le contraire sur la place publique. Et qu’avec la nouvelle loi du silence valant accord, le Testet, ça va être partout près de chez nous!

Tous les fonctionnaires en police de l’eau connaissent les cas de collègues qui, ayant refusé d’émettre un « avis favorable » au massacre d’une petite rivière par une Installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE), ont été démis de leurs fonctions sur le champ, alors que leurs arguments techniques étaient en béton et qu’ils se sont révélés exacts par la suite, quand l’avis favorable a été émis par des arrivistes sans scrupules sur une étude d’impact bidon.

Et ne parlons pas du scandale énorme des avis « réputés favorables » ! Il suffit à l’Etat d’affecter de moins en moins d’agents à la police de l’eau, comme c’est le cas depuis la RGPP et la MAP. Ils n’ont pas le temps d’analyser toutes les études d’impacts ICPE, et comme au CDH (CoDERST maintenant), « Sans réponse dans le délai imparti, l’avis est réputé favorable »… Ce n’est pas pour rien que la ressource en eau et la biodiversité sont à présent complètement dégradées et qu’il y a des pollutions accidentelles !

via Les eaux glacées du calcul égoïste — Sivens/Testet : la face cachée de l’iceberg.