Depuis plusieurs années, le lectorat gersois du quotidien régional Sud-Ouest se réduisait comme peau de chagrin. Tourné vers la métropole régionale de Midi-Pyrénées, l’est gersois, jusqu’à Auch ne lisait pratiquement plus le concurrent bordelais. La Dépêche du Midi règne à présent en maitre sur le département, en dehors de nouvelles périphériques du Phare Ouest gersois en appendice de l’édition landaise.

Il est intéressant de voir que personne ne se préoccupe vraiment de pluralité de l’information dans la PQR (Presse Quotidienne Régionale), comme si la proximité garantissait la neutralité de l’information.

Reste Internet pour ne pas s’informer à une source monopolistique.

Le 30 juin 2015, « Sud Ouest » tournera une page de sa vie de septuagénaire au moment où nos lecteurs gersois, pour la dernière fois, refermeront les pages de leur quotidien favori. Passé cette date, l’édition du Gers ne paraîtra plus, manquant ainsi à jamais un rendez-vous fixé depuis le 12 septembre 1944, date à laquelle le journal hérité de « La Petite Gironde » irriguait un territoire qui s’étendait de la Vendée à Toulouse et du Cantal au Pays basque. Désormais, ne subsistera de sa présence gersoise, le long d’une frange nord-ouest, que l’édition des Landes, où la nouvelle page « Armagnac-Adour » témoignera de la vie locale de Riscle, Eauze, Barcelonne, Nogaro et Cazaubon.

Il en va ainsi, en France, des journaux dont la zone de diffusion, aux marches de leur berceau historique, fluctue au gré des élans conquérants et des replis stratégiques. Pour la direction de « Sud Ouest », le retrait du Gers était malheureusement devenu inéluctable, tant il était dicté par un contexte économique imposant le pragmatisme à toute autre disposition. La presse écrite quotidienne française ne se porte pas bien, et nul éditeur n’est épargné. Renforcée par une conjoncture générale qui affole tous les indicateurs, la crise structurelle que traverse le secteur se nourrit de la détérioration de son chiffre d’affaires, dont les deux piliers traditionnels (la diffusion et la publicité) s’effritent. Vente au numéro et vente par abonnement reculent lentement, mais régulièrement, depuis quelques années, tandis que les revenus publicitaires ont entamé une décrue significative et constante depuis 2012.

À « Sud Ouest », en 2013, le repli de l’édition Gers vers Auch, où son agence avait alors fait l’objet d’une réduction d’effectif, la fermeture de son local de Condom et le transfert de la fabrication vers Mont-de-Marsan avaient alimenté le volet gersois d’un plan global de réorganisation et de diminution des coûts. Deux années plus tard, le Gers demeurant structurellement déficitaire, la direction de « Sud Ouest » en a tiré les enseignements.

La logique économique aura prévalu, quand bien même elle n’économise pas un pincement au cœur à l’écriture de ces lignes…

À l’heure où sera donné le dernier bon à tirer, lundi soir, les retrouvailles programmées à l’agence auscitaine de l’allée Jeanne-Daguzan entre l’équipe en place et d’anciens collègues éditeront l’album des souvenirs. Il n’est pas certain que tous localisent l’immeuble en ville haute sur lequel fut apposée la première plaque « Sud Ouest », dans les années 1950. Mais chacun témoignera avec émotion de l’honneur que lui aura conféré une nomination dans le Gers. Car, dès l’origine, il a soufflé un vent d’aventure sur l’unique plate-forme offshore que le journal de Bordeaux avait construite vers le large, en direction de la région Midi-Pyrénées. On y embarquait avec enthousiasme et l’on y hissait le pavillon sur lequel « humanisme, indépendance, pluralisme », les valeurs du journal, étaient brodés telle une devise.

Considérée comme un laboratoire éditorial par les rédactions en chef, la rédaction du Gers s’avéra plutôt une fertile pépinière de talents. Au contact du relief harmonieusement vallonné et des habitants délicieusement hospitaliers, entre tauromachie et rugby, des générations de journalistes soumis à forte concurrence apprirent la douleur d’une « cornada » et comment se relèvent les mêlées fermées.

C’est d’abord en leur nom, mais aussi en celui des commerciaux, secrétaires et techniciens rassemblés soixante-dix ans durant sous la même bannière, que « Sud Ouest » tient aujourd’hui à adresser un sincère merci.

Merci aux lecteurs, aux correspondants, aux annonceurs publicitaires, aux diffuseurs de presse et aux porteurs. Merci aux discrets informateurs, aux fidèles abonnés avides de révélations et pourfendeurs d’imprécisions, merci aux élus parfois égratignés mais jamais blessés.

Merci, enfin, aux organisateurs d’événements, festivals ou épreuves sportives, ayant accordé leur confiance à « Sud Ouest » en sa version moderne de journal bimédia, soucieux de renforcer son développement et de doper sa diversification. En dépit de la fin programmée de l’édition du Gers, notre journal continuera à en accompagner certains, du circuit automobile de Nogaro à Jazz in Marciac, en passant par la Foire au matériel agricole de Barcelonne-du-Gers, proposant une expression multicanale à ceux qui regardent vers l’Aquitaine.