Comme l’agriculture concentrée, financiarisée et ultra-productiviste ne fonctionne pas, la solution proposée aujourd’hui est… de lui donner encore plus d’argent pour continuer dans cette direction.

Pourtant cette voie choisie depuis 60 ans fait plus la fortune des banquiers, semenciers, chimiquiers et machinistes que celle des agriculteurs, toujours plus écrasés sous le poids des investissements qui les maintiennent dans un état de dépendance extrême.

Et tout ça, pour produire en quantité excédentaire des aliments de piètre qualité dont les producteurs sont les premiers à n’en pas vouloir dans leurs assiettes!

Et si on faisait autrement?

Il y a une frange de la population qui n’a plus les moyens de s’alimenter correctement. La première politique que nous devrions avoir en Europe, c’est celle de l’alimentation. Est-ce qu’on ne pourrait pas mettre cela en débat ? Remettons de l’argent dans le système, pourquoi pas. Mais pas pour accélérer, pour en sortir ! L’enjeu est là. Surtout, il faut réorienter les aides. Pourquoi pas choisir d’aider plutôt les petites et moyennes fermes ? Aujourd’hui, elles sont moins subventionnées, alors qu’elles créent plus d’emplois. Et on sait que plus les fermes sont grosses, moins leur production est de qualité.

Est-il normal que les aides aillent principalement à l’agriculture industrielle, à la quantité au détriment de la qualité ? Si on redistribuait les dix milliards d’euros de subventions annuelles de la Politique agricole commune (PAC) vers ceux qui produisent de la qualité et du bio, ce qui implique pour eux des coûts de production supplémentaires, ces derniers pourraient proposer leurs produits au même prix que ceux qui font de l’agriculture industrielle. D’autant que la dépollution des eaux chargées en pesticides et en nitrates coûte des fortunes à l’Etat, ce qui représente des coûts cachés pour les contribuables. L’agriculture industrielle est en fait «sur-subventionnée».

Pour que les paysans et les consommateurs s’en sortent, puissent produire et consommer de la qualité sans se ruiner, il faut relocaliser les productions et les adapter à ce que nous consommons. On entend la FNSEA nous répéter : «mangez ce que nous produisons». Il faudrait plutôt produire ce que les gens ont envie de consommer. Par exemple, nous ne produisons pas assez de légumes en France. Nous sommes obligés d’en importer. C’est absurde. Pourquoi pas développer le maraîchage ? Alors bien sûr, cela nourrit moins l’agrobusiness, surtout le bio qui se passe d’engrais et de pesticides chimiques. Il y a beaucoup de filières locales qui ne demandent qu’à se développer. Si on déconcentrait la production porcine, qui a été massée dans l’Ouest avec les dégâts que l’on connaît, cela réduirait la pression sur l’environnement et ferait vivre plus de producteurs sur l’ensemble du territoire national.

Source : Crise agricole : «On peut s’en sortir sans concentrer la production dans quelques mains» – Libération