Il est vrai que personne ne pointe jamais les contradictions profondes inhérentes aux demandes de la FNSEA : moins de réglementations et de «contraintes» de l’État, mais toujours plus de subventions de ce même État pour un secteur qui se réclame de «pratiques compétitives».

Et surtout, des aides pour réduire l’endettement stratosphérique des exploitations industrielles et en même temps pour financer de nouveaux endettements. Le tout concentré sur une toute petite proportion des exploitations pendant que celles à taille humaine sont systématiquement écartées des plans d’aide ou n’en reçoivent que les miettes.

Il ne serait pas absurde que les agriculteurs soient financés par l’État au nom de la souveraineté alimentaire, mais dans ce cas, ils devraient aussi des comptes à leurs financeurs. On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et la crémière sur le gâteau.

Mais ici, je veux simplement, mais vigoureusement, dénoncer le fait que les principaux animateurs des manifestations de cet été sont les instigateurs des mécanismes qui nous ont entrainés dans la situation actuelle. Le mal est profond, il est dans la structure même du processus de production agricole. Il mérite un débat de fond qui exclut tout double discours entre les positions défendues auprès des pouvoirs publics et celles assumées publiquement. Il n’est pas possible de revendiquer du matin au soir et tous les jours, davantage de libéralisme et de compétitivité, puis, avec le même aplomb, d’exiger des soutiens publics des aides pour faire face aux conséquences entrainées par ce qui a été revendiqué et obtenu…

La FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles) et ses satellites ont une grande responsabilité dans la situation actuelle. Leurs mots d’ordre se rejoignent dans une trinité infernale :

  • Plus de compétitivité, c’est-à-dire plus de capacité de vendre moins cher que les concurrents, ce qui suppose des prix inférieurs aux coûts de production, des charges externalisées et payées par d’autres, et l’injection permanente de nouvelles aides dans la chaîne de production.

  • Plus d’exportations, c’est-à-dire une part croissante de la production vendue sur les marchés mondiaux qui ne représentent que 7 % de la production mondiale globale, et qui, sauf exception, sont constitués par des prix de braderie.

  • Plus de « modernisation et d’innovation » qui, sous l’apparence d’une sonorité positive, représente toujours plus d’investissements insupportables, plus d’industrialisation et d’artificialisation de l’agriculture, plus de déshumanisation et de perte d’emplois, plus d’élimination des petites fermes qui pourtant, de nombreuses études le démontrent, sont les plus efficaces en emplois, en biodiversité, en paysage, en valeur ajoutée.

Source : L’aveuglement de la FNSEA est responsable de la crise agricole