Les maisons de santé, remède au désert médical ?

Comme nous l’avons déjà expliqué longuement sur ce site, la problématique de la désertification médicale n’a toujours pas été prise par le bon bout, à savoir ses facteurs sociologiques et non économiques.

Cet aveuglement, bien de notre époque, à tout ce qui n’est pas d’une pseudo-rationalité économique pourrait être cocasse s’il n’était pas porteur de désastres annoncés.

Ainsi donc, on a foncé sur des solutions avant même de chercher à se poser les bonnes questions : pourquoi les jeunes médecins ne viennent-ils pas s’installer en zone rurale?

Un peu comme les communes ont loti des terrains cultivables à grands frais au milieu de nulle part, ont financé des infrastructures de ZA qui restent de comiques culs-de-sac de goudron au milieu des champs, on s’est précipité à construire des maisons de santé, partant du principe — une fois de plus — éculé que l’offre produisait la demande.

Cela ne signifie pas que les maisons de santé seront inutiles : en rassemblant les professionnels de santé sous un même toit, on peut espérer que l’individualisme concurrentiel des pratiques libérales portées au pinacle de la médecine finira par céder le pas à des pratiques collaboratives entre les différentes professions de santé, à un effacement des hiérarchies artificielles entre les médecins, les spécialistes, les auxiliaires de santé et les paramédicaux, pour plus d’efficacité et d’humanité dans la prise en charge des malades et non pas seulement des symptômes.

En attendant, dans une société qui refuse à présent les explications sociologiques, on a dépensé de l’argent commun pour des investissements qui ne répondent pas à la question de départ, tout en négligeant de s’attaquer aux racines du mal : le manque de services publics répondant aux besoins de familles à fort capital culturel et financier, l’impossibilité conséquente du tissu économique de fournir des emplois à forte valeur ajoutée aux conjoints des médecins.

Le Conseil national de l’ordre des médecins vient de publier une étude sur la désertification médicale. Les prévisions sont préoccupantes dans le Gers. Ainsi, notre département se distingue par une baisse programmée de 8,5 % du nombre de médecins dans les 4 prochaines années, qui se double d’une augmentation de la population de 7,2 %. Selon ces mêmes projections, la chute est plus notable pour les médecins généralistes (-11,9 %) que pour les spécialistes (-3 %). Alors, le Gers est le département de la région qui aurait la plus mauvaise densité médicale en 2020, avec 229,7 médecins pour 100 000 habitants.

Source : Les maisons de santé, remède au désert médical ? – 16/12/2015 – ladepeche.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *