L’absence de transports en commun ne pénalise pas que les populations fragiles ou pauvres que les pouvoirs publics ont fortement tendance à oublier ou mépriser lors de leurs décisions relatives à l’aménagement des espaces ruraux. Le tout-voiture obligatoire est une charge financière qui pèse très fortement sur le budget de l’ensemble des ménages. La voiture individuelle est actuellement le moyen de transport le plus couteux et le moins efficace possible. Entre le prix d’acquisition qui rend tout véhicule correct inaccessible à la majorité de la population, les frais d’entretien — qui pèsent d’autant plus lourd que le véhicule est ancien et dégradé et le budget restreint —  et le carburant, c’est l’ensemble de l’économie rurale qui est dépendante de la voiture, du camion et très sensible aux moindres fluctuations du prix du pétrole.

Mais l’argent des automobilistes n’est que la partie immergée de l’iceberg.

La voiture conditionne effectivement toute la vie sociale en milieu rural : sans elle, il n’est pas possible de faire ses courses, de rencontrer des amis, d’avoir des activités de quelque nature que ce soit et bien sûr, d’avoir un travail. Pour les mères isolées, la situation est encore pire : il leur faut prendre dans le budget familial reconnu comme étant des plus étriqués de la population, pour nourrir des personnes en pleine croissance, mais aussi pour les véhiculer dans leurs différentes activités… en plus d’un hypothétique travail dont les horaires ne peuvent en aucun cas chevaucher ceux de… taxi-maman!
Toutes les mères de famille vivant en milieu rural comprennent de quoi nous parlons!

En plus d’être trop chère pour le service effectivement rendu, la voiture est accidentogène et son usage prélève chaque année — particulièrement dans les zones rurales — son quota de vies humaines, particulièrement chez les plus fragiles : les anciens (aux réflexes émoussés), les jeunes, mais aussi les pratiquants de transports doux (cyclistes, piétons) pour lesquels les voies de circulations sont inadaptées et hostiles.

Et même si vous n’avez pas de voiture, vous payerez quand même sa suprématie : le budget routes est généralement le plus important dans toutes les collectivités rurales.

Si l’on additionne toutes les ponctions que la voiture prélève dans l’ensemble de l’économie rurale, il devient alors évident que nous avons les moyens d’une véritable transition économique et logistique hors du tout-voiture.

Même en milieu rural, la majorité des déplacements n’excède pas les 10 km (souvent moins de 5), soit des distances faciles à couvrir à vélo, moyen de transport à la fois très économique, très accessible, très efficace et très bénéfique aussi en termes de santé publique. Car n’oublions pas que le tout-voiture est aussi une catastrophe sanitaire!

Pour rendre autonomes les usagers, il suffirait de leur réserver des voies adaptées aux transports doux. C’est totalement envisageable au regard des sommes colossales dilapidées pour maintenir la suprématie absolue de la voiture.
Ce serait par contre un profond changement de paradigme sociétal et de logiciel politique.

Le problème, c’est que personne n’anticipe et que l’on continue à bricoler des solutions à très court terme pour maintenir la dépendance de tous à un moyen de transport gourmand et inefficace au possible.

« Sans voiture pas de travail et sans travail pas de voiture ». Les demandeurs d’emploi qui habitent à la campagne sont éloignés par définition des entreprises qui recrutent. Ceux qui n’ont comme revenu que les minima sociaux n’ont souvent pas de voiture ou des voitures antédiluviennes. Ils ne pourraient avoir une voiture valable que s’ils avaient un travail valable.

Source : NOGARO – « Sans voiture pas de travail et sans travail pas de voiture » – Le journal du Gers