Un féminicide aux assises d’Auch

Voilà un sujet que nous abordons rarement dans ces pages et qui pourtant est un problème important dans la ruralité où les structures familiales et surtout les mentalités sont restées très traditionnelles quant à la place sexuée de chacun dans l’organisation sociale.

Ce féminicide (terme employé pour désigner le meurtre délibéré d’une femme par quelqu’un qui se juge « propriétaire » de sa vie) est assez emblématique d’un état d’esprit très favorable aux violences conjugales et aux meurtres qui en découlent parfois.

Dans cette triste histoire, l’accusé s’est construit tout seul les motifs de son meurtre. Il décide qu’elle est sa compagne alors qu’en réalité il exploite le fait qu’elle a des difficultés financières pour en faire sa femme de ménage gratuite et disponible : c’est une constante du mode de pensée patriarcal (donc d’une société où les hommes sont estimés « naturellement » légitimes à dominer et exploiter les femmes, que ce soit du point de vue de la force de travail — ménage gratuit, « coups de main » non rémunérés sur l’exploitation, etc. — ou de leur corps) où les femmes sont naturellement et exclusivement astreintes à l’entretien du logement et de ses occupants et que cette disponibilité donne certains « droits d’accès » sur leur intimité.

À aucun moment, on ne sent l’accusé préoccupé par ses sentiments à elle, seuls les siens à lui l’intéressent et son impérieux besoin. De son propre aveux, il lui extorque une relation sexuelle sous la menace (un viol, comme on dit dans une société vraiment égalitaire où le consentement des deux partenaires doit être entier et non contraint !) et bien sûr, il ne comprend pas du tout ce qui s’est passé (il nous surjoue le coup de folie) et il en profite pour reporter la faute du meurtre sur la victime (sur l’air de : elle l’a bien cherché; elle a « mal parlé » de sa petite-fille).
Coup de folie, donc, mais il a bien pris le temps de la regarder mourir longuement de ses mains plutôt que de la laisser mener sa vie comme elle l’entendait. Il n’a donc eu aucun respect pour la personne qu’elle était, à aucun moment.

Espérons que ce jury populaire saura comprendre la différence entre l’attachement véritable, qui se soucie de l’autre, et une sorte de droit de cuissage archaïque qui ne se soucie que de soi-même en réduisant l’autre à un objet sans existence propre.

D’ailleurs c’est nous qui soulignons dans l’article de La Dépêche l’expression «blessure d’amour propre» qui est réellement caractéristique dans ce genre d’affaire et qui est le véritable mobile du meurtre.

Alors, pourquoi cette cohabitation avec Didier ? Le salon de coiffure périclitait, Geneviève avait «du mal à joindre les deux bouts» en dépit d’un train de vie modeste et dans ces conditions la colocation offerte contre les tâches ménagères comme cela semble établi, lui permettait de mieux équilibrer son budget. Didier était «le colocataire» alors que pour lui, Geneviève était cette «compagne» bien décidée le jour du drame à ne plus lui tenir… compagnie. A l’audience il est dit que l’accusé a vu «rouge» selon un écrit à l’un de ses trois enfants, parce que Geneviève «remballant» ses affaires pour partir cela signifiait pour le maçon, «la perte de l’objet d’amour et la blessure d’amour propre associée». Selon l’accusé, c’est après s’être «chamaillés» que Geneviève lui aurait dit : «Tires ton coup si tu veux mais laisse-moi partir». L’autopsie a confirmé qu’il y a eu relation sexuelle puis toujours selon Didier, il n’aurait pas supporté les mots «blessants» pour sa petite fille qu’aurait prononcé la victime. «Retire ce que tu as dit» lui aurait-il intimé, alors que, projetée au sol, Geneviève ne put rien contre le poing de Didier (93 kg alors, 56 aujourd’hui) qui lui pressait la gorge. Avec assez de force et suffisamment de temps pour qu’elle se sente mourir par strangulation.

Source : Marcoult, accusé du meurtre de Geneviève : «Je ne peux pas comprendre ce que j’ai fait» – 09/02/2016 – ladepeche.fr

Une réflexion sur “Un féminicide aux assises d’Auch

  1. Le verdict

    La cour d’assises après un délibéré d’un peu plus de 2 heures, a prononcé une peine de 17 ans de réclusion criminelle, plus sévère donc que les 15 ans requis par l’avocat général. Après ce verdict, Me. Jean-Loup Vivier parlait de faire appel. Didier Marcoult pourrait donc être rejugé. Dans sa plaidoirie, le défenseur de Marcoult avait notamment mis en lumière «le parcours sans tache» de son client jusqu’à sa rencontre avec Geneviève. L’avocat auscitain a en outre estimé qu’une peine de 5 ans serait juste. «5 ans pour une peine sanction, une peine punition alors qu’il a été requis une peine vengeance de 15 ans…». Pour ce procès, la cour d’assises présidée par une femme , Michèle Salmon, présentait la particularité liée au tirage au sort et aux récusations que peuvent exercer la défense et le ministère public , d’avoir un jury 100% féminin. Un jury mixte ou 100% masculin aurait-il jugé différemment Didier Marcoult? Plus ou moins sévèrement? Question évidemment sans réponse….

    Source : Didier Marcoult condamné à 17 ans de réclusion pour le meurtre de sa concubine Geneviève – 10/02/2016 – ladepeche.fr

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