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À moins d’un an de l’élection présidentielle, le gouvernement cherche à reconquérir l’électorat rural, qui aux élections régionales a voté en masse pour le Front national. Il met en tout cas en avant le bilan de son action, comme l’a fait, le 10 mai, le ministre de l’Aménagement du territoire, de la Ruralité et des Collectivités territoriales. « Notre action porte ses fruits », s’est réjoui Jean-Michel Baylet devant les députés de la commission du développement durable qui l’auditionnaient. « C’est la première fois que l’on ramène des services publics dans les zones rurales », s’est-il vanté, en rappelant l’engagement du gouvernement d’ouvrir 1.000 maisons de services au public d’ici fin 2016.

Source : Ruralité : Jean-Michel Baylet lève le voile sur les prochaines mesures gouvernementales

L’exercice consistant à séduire les populations rurales après les avoir bien ignorées et bien dépouillées pendant l’ensemble du quinquennat risque de s’avérer particulièrement périlleux pour le gouvernement. Il va être bien difficile de faire oublier la réalité quotidienne d’une rigueur renforcée dans les zones rurales, de plus en plus reléguées par la République.

Comme nous le rapportons régulièrement dans ces pages, la litanie des fermetures de classes, d’écoles, de bureaux de Poste, etc. ne connait, elle, pas de pauses. Partout, ce n’est que régression des services publics essentiels, éloignement des citoyens, dématérialisation des administrations et des agents chargés de faciliter l’accès à leurs droits des citoyens les plus fragiles.

Dernière évolution en date et dont le ministre de l’Aménagement du territoire et de la ruralité ne risque pas de se vanter : la fermeture définitive des guichets et permanences des CAF et accueil Pôle Emploi et leur externalisation sans compensation financière dans le secteur privé.

Nous ne parlons pas là des fermetures partielles des accueils qui, depuis des années, réduisent les temps d’accueil de la population la plus désespérée à peau de chagrin. Non, nous parlons de la liquidation complète des points d’accueil CAF et Pôle emploi dans les mairies des bourgs périphériques, souvent à plus d’une heure de route (et sans transports en commun) de la seule implantation pérenne du département. Jusqu’ici assurées à temps très partiel par des agents territoriaux plus ou moins formés à la gestion des dossiers difficiles des allocataires, ces permanences sont progressivement imposées à des associations de droit privé à vocation sociale, sans dédommagement pour le besoin accru de temps d’accueil et surtout sans aucune formation ou encadrement des personnes qui vont devoir accueillir, conseiller et gérer les populations cibles, des personnes souvent marginalisées, précarisées, peu au fait de leurs droits et souvent très désespérées par la complexité des démarches à remplir.

Une réalité à des années-lumière des discours lénifiants qui tentent de ripoliner une réalité marquée par le désengagement total de l’État dans les zones rurales et la sévère cure d’austérité engagée contre les autochtones de la République via les baisses de dotation.