La RD 931 est, en fait, la partie ouest de la RN 124 qui relie de fait Toulouse à la façade atlantique via la très fameuse bretelle de Barcelone-du-Gers. Cette bretelle d’accès à la dispendieuse autoroute 65 — énorme gouffre à argent public par la grâce des PPP — est elle-même une déviation déguisée permettant par un effet d’affichage d’annoncer que le Gers est lui-même doté d’une entrée autoroutière, summum de la modernité.

La partie ouest de la RN 124 a donc été déclassée il y a quelques années sous prétexte que le flux routier national et international se concentrerait sur  l’IGG construit à grands frais au service des intérêts d’Airbus et qui attire tous les transports poids lourds en transit de par ses qualités et sa gratuité. Nous voilà donc avec une route départementale soi-disant à desserte locale.

Sauf que les entreprises de fret routier ont des logiques qui ne sont pas celles des élus et préfèrent les itinéraires gratuits et plus ou moins directs à des itinéraires certes plus confortables, mais plus longs et infiniment plus couteux. D’ailleurs, qui se soucie réellement du confort des chauffeurs routiers? Surement pas leurs patrons et donneurs d’ordre.

Et voilà comment nous nous retrouvons dans cette situation inextricable où du fret national et international se presse à saturation sur des routes sous-équipées et sous-entretenues.

Rajouter du bitume et des frais à ce qui est déjà un schéma de circulation aberrant ne devrait en rien améliorer la situation ubuesque des 18 km de route nationale abusivement rendus à la charge du département, un contexte qui dépasse très largement les seuls problèmes logistiques de la ville de Nogaro.

La RD 931 étant une «route à grande circulation», c’est le préfet qui en détient le pouvoir de police de circulation. Ajoutons que la mise en place d’une interdiction des poids-lourds en transit dans le département sur la D 931 supposerait de proposer un itinéraire de substitution adapté et pouvant supporter un trafic conséquent. Par courrier, Philippe Martin demande à l’État «de prendre une position claire et définitive sur la proposition de déviation poids lourds à l’intersection de l’Itinéraire à grand gabarit et de la RD 931 au droit de la commune d’Espas» et s’associe au maire de Nogaro pour proposer la limitation à 30 km/h de la vitesse des poids lourds sur le territoire de toute l’agglomération. Devant le préfet Pierre Ory venu présenter «les actions de service de l’État» à la représentation départementale, Philippe Martin a souhaité ne pas laisser les Nogaroliens le bec dans l’eau. «Si une fois connues les réponses de l’État il s’avérait que la seule alternative crédible était la construction d’une déviation, je proposerai cette solution pérenne». Selon les estimations du moment, la réalisation de cette déviation qui techniquement ne pourrait pas débuter avant 2018/2019 coûterait entre 18 et 20 M€.

Source : Contre le trop de camions dans Nogaro – 24/06/2016 – ladepeche.fr