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Ce jeudi matin se tenait en préfecture du Gers à Auch, le Conseil Départemental de l’Éducation nationale (CDEN) qui traite des affaires scolaires à l’échelle du département. A cette occasion, a été évoquée la situation des deux lycéennes jeunes majeures, Leïla et Megi, menacées par le Préfet de reconduite à la frontière (OQTF). La Directrice académique des Services de l’Éducation nationale (DASEN), informée avec diligence par la préfecture de l’existence de ces OQTF, a cru bon devoir en tenir compte : elle a donné l’ordre aux deux proviseurs des établissements concernés (le lycée Alain-Fournier de Mirande, et le lycée du Garros à Auch) de refuser de les réinscrire pour la rentrée de septembre.
Une manifestation était présente devant la préfecture pour soutenir la délégation des représentants des syndicats et des parents d’élèves – FCPE – qui assistent à cette instance. À la sortie, ils ont rendu compte de ce qui s’est passé. Une déclaration liminaire, solennelle, qui évoquait le Gers, Terre d’asile et d’accueil, a passablement déplu au Préfet qui y a vu « des amalgames infamants », croyant que lui était opposé le temps de la Résistance…

De son côté, la DASEN se justifiait en tant que service de l’État, de ne pas aller à l’encontre d’un autre service de l’État, et d’illustrer avec finesse son propos par le fait que si la préfecture lui signalait que des élèves ont fait le djihad, elle ne pourrait pas les inscrire !! Évidemment, cet amalgame-là, honteux, n’a pas été du gout de ceux qui venaient défendre l’avenir de Leïla et Megi. Par ailleurs, la DASEN donnait l’impression d’avoir enfin lu plus attentivement la circulaire de 2002 qui ne permet pas de refuser la réinscription, même pour un jeune sans papiers.
La situation était tendue, car si le Préfet n’a pas volé au secours de la directrice zélée, les représentants du Président du Conseil départemental ont souhaité, eux, l’inscription de ces jeunes, position d’autant plus tranchée que l’affaire est traitée désormais à Paris, où une déclaration commune nationale (UNSA, CGT, FSU, fédérations lycéennes, FCPE, RESF), en soutien aux deux lycéennes gersoises, a été adressée à Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale (qui, notons-le en passant, lors de sa venue dans le Gers l’an dernier avait eu l’occasion de féliciter Megi en personne dans son lycée).
Le Préfet a insisté sur l’État de droit : il comprend que l’on puisse soutenir ces jeunes filles pour qu’elles poursuivent leurs études en France, mais estime que ces combats alimentent le vote protestataire (suivez mon regard). Comme si l’avenir de la France était menacé par Leïla et Megi, par des lycéens tellement heureux d’être à l’abri chez des proches sur notre territoire qu’ils se défoncent pour réussir dans leurs études.
Il semble difficile pour l’Éducation nationale de persister dans son attitude inféodée à la Préfecture. D’autant plus que tous les soutiens à ces lycéens n’attendent qu’une chose de la part du Préfet : un geste d’humanité.

Yves Faucoup

[lors de cette même instance, a été dénoncée la suppression injustifiée d’un poste dans la ville de Plaisance : dans les deux cas, ont dit les syndicats enseignants, on est dans un combat pour la défense du droit à l’éducation.]

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