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Pourquoi est-il urgent de remettre  en question notre modèle agricole, comme vous nous y invitez dans votre dernier livre, « Changeons d’agriculture »?

Jacques Caplat : Parce qu’il arrive dans une série d’impasses. Déjà, les choix que nous avons faits depuis la Seconde Guerre mondiale conduisent à créer massivement du chômage. Avec la « révolution silencieuse », on a libéré des bras, mécanisé, agrandi les fermes… et on a institutionnalisé ce modèle. Cette logique, qui se tenait à une époque, devient complètement absurde dans un monde de chômage de masse, où l’énergie coûte cher.
La deuxième impasse, bien sûr, c’est celle des pesticides, dont les dangers sur la santé et l’environnement sont aujourd’hui prouvés. Ce système s’avère aussi extrêmement gourmand en énergie (fonctionnement des machines, fabrication des engrais, importation des aliments pour le bétail…). Aujourd’hui, une partie de l’agriculture française a un bilan énergétique négatif : elle consomme plus d’énergies fossiles qu’elle ne produit d’énergie dans les aliments. Autrement dit, elle est moins efficace que la chasse et la cueillette !
Et la dernière impasse, c’est que notre modèle ne fonctionne que si l’on parvient à maîtriser l’environnement des cultures. Au lieu d’adapter les plantes et les animaux à leurs milieux, on a sélectionné des variétés dans des conditions totalement idéalisées. Il faut donc artificialiser le milieu, en y ajoutant des pesticides, des engrais… Ce qui fonctionne à peu près en Europe et Amérique du Nord, mais pas dans le reste du monde.

Source : « Face aux lobbies agro-industriels, il faut créer un rapport de force » – The Dissident – The Dissident