Notre cas s’aggrave sans doute lorsque ma sœur, qui m’accompagne sur le chemin de l’installation agricole, évoque son master en sciences du langage. Ayant l’honneur d’être licenciée en agriculture biologique, j’ai pour ma part déjà mentionné ce titre, espérant amadouer notre interlocutrice. Mais son verdict est sans appel : ni l’une ni l’autre, nous ne pourrons prétendre à la DJA (la dotation jeunes agriculteurs). Une douche froide sur nos espoirs. Car la DJA, c’est une subvention substantielle : huit mille à trente mille euros, selon les projets. Et si les conditions d’attribution sont nombreuses, nous ne pensions pas en être si éloignées : nous avons moins de quarante ans ; nous disposons de terres au-delà de la surface minimale d’assujettissement, nous envisageons un temps de travail sur nos exploitations de plus de 1.200 heures par an, ainsi que des revenus supérieurs à 800 Smic horaires par an. Quant au PPP (le plan de professionnalisation personnalisé, qui comprend des formations et des stages censés compléter le profil du candidat à l’installation) et au PE (le plan d’entreprise, une étude économique sur cinq ans destinée à prouver la rentabilité du projet d’exploitation), tout cela se construit, non ?

Reste la question des diplômes, la « justification de notre capacité agricole ». J’insiste quant à ma licence, délivrée par une école d’ingénieurs agricoles. La gardienne du temple me tend la liste des diplômes tamponnés : d’agriculture bio, point — mais des licences en agriculture raisonnée ouvrent la porte à la DJA. L’agriculture raisonnée, c’est ce pseudo-label pondu par le Forum pour une agriculture raisonnée respectueuse de l’environnement (Farre), une association où l’on retrouve des entreprises et organismes engagés dans la protection de la nature tels que Monsanto, Dupont de Nemours ou Syngenta. L’« ambition bio » chère au ministère de l’Agriculture est demeurée aux portes du royaume de l’installation.

Source : Installation agricole : les néo-paysans ne sont pas bienvenus