Scène de la grande ruralité : un tracteur garé devant une école désertée

 

« Ce que demande la ruralité, ça n’est pas l’aumône, ça n’est pas d’être compensé, c’est d’avoir les mêmes chances de réussir », a martelé le chef de l’État, tout en défendant une approche « différenciée » de l’État qui ne doit « pas craindre de donner plus à ceux qui ont moins ». Pas de quoi cependant voir apparaitre une véritable politique d’aménagement du territoire, pas plus que le renversement du tropisme métropolitain qui a prévalu lors de la réforme territoriale. En effet, dans les métropoles, l’État « soutiendra les projets d’innovation et de recherche », en matière de transition numérique et environnementale, à travers le grand plan d’investissement de 50 milliards d’euros sur la durée du quinquennat, que Jean Pisani-Ferry est chargé de mettre en place. L’ancien commissaire général de France Stratégie qui recommandait d’investir plus dans les grandes agglomérations et les territoires isolés, mais moins dans les territoires intermédiaires…

Source : Conférence nationale des territoires – Territoires ruraux : beaucoup de zones d’ombres après les déclarations d’Emmanuel Macron

On se demande si la création d’une agence de nos jours ne correspond pas à ce qu’était la création d’une commission il y a quelque temps : un effet d’annonce qui permet de ne rien faire de concret. L’Agence de la cohésion des territoires a de grandes ambitions générales, mais un budget qui semble actuellement essentiellement orienté vers le renforcement de la métropolisation en cours, c’est-à-dire l’emprise de plus en plus marquée des métropoles régionales sur l’ensemble du tissu socioéconomique, au détriment de tout espoir de développement autonome des territoires périphériques.

Investir dans les transports du quotidien

Comme il l’avait déjà annoncé le 1er juillet, lors de l’inauguration de la nouvelle ligne à grande vitesse Paris-Rennes, Emmanuel Macron a déclaré que l’État investira davantage dans les transports du quotidien, « afin de permettre aux Français enclavés de retrouver la mobilité physique sans laquelle il n’est pas de mobilité sociale ». « Sur ce point, il est en particulier essentiel de créer le lien entre les principales agglomérations et leurs territoires environnants, notamment entre les métropoles et les territoires ruraux excentrés, car c’est là que se construit la première des fractures territoriales », a-t-il estimé. Il juge nécessaire de « construire par une méthode participative, ce qui sera un vrai plan de mobilité pensé au contact des territoires et qui permettra justement de répondre aux besoins du quotidien ». « Dès la fin de l’été », a-t-il assuré, la ministre des Transports lancera les travaux préparatoires à « une loi d’orientation des mobilités qui offrira une programmation précise année par année financée sur cinq ans ».

La polarisation des infrastructures de transport autour des besoins des centres-métropoles a profondément détruit les réseaux préexistants, éloignant toujours plus les territoires ruraux du reste du pays. Chaque fois qu’une liaison entre deux centres de métropoles gagne une dizaine de minutes de trajet à grands coups d’investissements lourds, c’est deux ou trois fois plus de temps qui est perdu par tous les autres usagers des transports, à commencer par les plus isolés.

Un moratoire sur les fermetures de classes… jusqu’à l’élaboration d’un « plan d’action »

Concernant l’école, le président de la République a annoncé un « plan d’action conjoint entre l’État et les territoires ». Ce plan serait construit sur la base d’une « évaluation partagée des besoins » qui sera conduite « d’ici à la fin de l’année ». Il considère que « les territoires en particulier les plus ruraux ne peuvent plus être la variable d’ajustement d’économie » et annonce que « d’ici là en particulier il n’y aura plus de fermeture de classes dans les écoles primaires ».
Il a par ailleurs annoncé avoir « demandé à ce que l’enseignement primaire en milieu rural soit rendu plus attractif, par exemple en amplifiant des expérimentations locales très prometteuses autour d’internats »

Des bonnes intentions démenties par les faits sur le terrain. Il y a également une contradiction importante entre prétendre arrêter l’hémorragie de l’éducation en zone rurale et développer les internats, qui correspondent concrètement à l’éloignement de plus en plus marqué entre les enfants et les lieux d’enseignement. Une réalité quotidienne où la majorité des enfants de la grande ruralité affrontent des temps de transport pour se rendre à leur école qui dépassent largement la demi-heure pour attendre de plus en plus l’heure… par trajet. Soit entre une et deux heures perdues chaque jour dans les transports, de la fatigue en plus pour des performances en moins dans les apprentissages.

De nouveau, le gouvernement lance un chapelet de bonnes intentions destinées à calmer les territoires ruraux sans rien changer à la dynamique de creusement des inégalités à l’œuvre depuis des années, depuis que l’idée même de péréquation républicaine des territoires a été abandonnée.
À suivre attentivement, donc…

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