étang du Moura

L’aspect le plus préoccupant d’une relance massive de l’irrigation est facile à prévoir, c’est l’extrapolation de ce que l’on observe actuellement : réduction des débits d’étiage, mise à sec des rivières, abaissement des nappes, extension des milieux concernés, et surtout poursuite, voire aggravation des pratiques polluantes de l’agriculture industrielle au nom de l’efficacité économique.

Se polariser sur la gestion quantitative et sur l’irrigation : c’est se condamner à batailler sur un seul terrain, c’est s’enfermer dans un discours qui ignore les autres excès de l’activité agro-industrielle, notamment la pollution des eaux.

En effet faire des infrastructures coûteuses, aussi bien en investissement qu’en fonctionnement, incitera ces irrigants à rechercher les rendements les plus élevés, donc à augmenter les intrants, et indirectement la pollution qui les accompagne. Ceci vaut pour le maïs, culture très largement dominante dans les projets de bassines, mais aussi pour les productions à forte valeur ajoutée comme le melon….etc. Financer de tels projets avec les aides des agences de l’eau revient à financer l’augmentation de la pollution : une pratique contre nature !

Ce plan gouvernemental est conjoncturel, il recycle les vieilles revendications d’une partie du monde agricole, il est sans ambition, et sa ligne directrice n’est que le prolongement des pratiques passées. Où sont les dispositions volontaristes qui anticiperaient les impacts des changements climatiques, le véritable défi étant de ne pas prendre plus d’eau au milieu naturel, mais bien d’apprendre à en prendre moins ? Le message lancé par les Ministres ne s’inscrit pas dans cette posture novatrice : les changements climatiques sont seulement utilisés comme une pression supplémentaire au service des vieilles recettes. Au final la question qui subsiste peut être résumée ainsi. Une politique d’irrigation : pour quelle politique agricole ? Et pour quels agriculteurs ?

Source : Les eaux glacées du calcul égoïste — Changement climatique : le gouvernement se trompe en ressortant barrages et bassines…, par Bernard Rousseau (°)