L’épopée de la terre crue

L'épopée de la terre crue
Le remarquable rempart en terre crue de Sainte-Christie, construit entre le XIIe et le XIIIe siècle.
C’est à  l’initiative de la commune de Sainte-Christie d’Armagnac que l’on doit la grande étude qui a identifié les points forts archéologiques de ce petit village gascon pité sur une petite hauteur de terre, juste à  côté d’une motte féodale de près de mille ans.

La salle d’animation de Sainte-Christie d’Armagnac était comble en ce 17 décembre de l’an de grâce 2007, alors qu’a priori, le sujet de la réunion ne semblait pas de nature à  déplacer les foules : la présentation du rapport de Valérie Rousset, archéologue du bâti, sur le château du village. Outre les officiels et institutionnels directement impliqués dans le devenir des trésors archéologiques de Sainte-Christie, de nombreux amateurs d’histoire et de vieilles pierres s’étaient joints à  la réunion.

L'épopée de la terre crue
Ce qui reste de la demeure seigneuriale, amputée de ses deux tours au XVIIIe siècle, déformée, retaillée et maintenant menacée d’effondrement.

L’étude avait été diligentée afin d’évaluer le potentiel archéologique de la salle du château, vieille bâtisse très délabrée, adossée à  un formidable rempart de terre crue. La maison, très abîmée par les siècles et les transformations plus ou moins heureuses que lui ont fait subir les générations d’habitants se succédant, menace aujourd’hui de s’effondrer, mais les coûts engendrés par une simple sauvegarde du bâti sont bien au-delà  des possibilités d’une petite commune rurale comme Sainte-Christie. C’est donc pour cela que son maire, Pierre Barrail, avec l’appui technique et financier du Pays d’Armagnac, avait commandé une étude archéologique de la bâtisse.

Un site remarquable, mais pas exceptionnel

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Étienne Lavigne (à  gauche) et Valérie Rousset (à  droite) : deux spécialistes du bâti archéologique au chevet du Castet de Sainte-Christie-d’Armagnac.

Rapidement, Valérie Rousset, historienne de l’art spécialisée en archéologie du bâti, englobe l’ensemble du site dans son étude, tant la demeure ne peut que se comprendre qu’avec les autres reliques archéologiques, à  savoir le rempart de terre crue, l’église qui est l’étrange rejeton de la rencontre entre une église préromane du Xe siècle et un donjon surélevé du XIIIe siècle et la motte féodale de près de mille ans.

Différents sondages des murs ont livré bien des secrets quant aux nombreux travaux et modifications qu’a subi la maison, initialement corps principal du château, probable demeure des comtes d’Armagnac, dont l’épopée fut racontée avec brio dans le spectacle Wasconia. Ils ont aussi permis de découvrir quelques fresques et décorations dignes d’intérêt.

Ces diverses qualités ont laissé pensé au maire du village que le site pourrait obtenir une inscription aux monuments historiques, mais le pragmatisme de Jacques Lapart, conservateur des objets d’art auprès de la préfecture du Gers doucha ce bel enthousiasme : des sites bien mieux conservés, comme le château de Bazian, avec des qualités artistiques et architecturales bien plus exceptionnelles ont été récemment recalés à  cette classification prestigieuse qui ouvre également droit à  des aides matérielles conséquentes.

Le problème aigu de la sauvegarde du patrimoine

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Les institutionnels sont au rendez-vous : La Communauté de Communes et l’Office du Tourisme du Bas-Armagnac, le Pays d’Armagnac, les services archéologiques de la préfecture du Gers…

Le rapport d’Étienne Lavigne, architecte du patrimoine, sur les mesures urgentes à  prendre pour assurer la sauvegarde immédiate du bâtiment n’incite pas à  plus d’optimisme. Minée par les infiltrations de pluie occasionnées par une modification malheureuse du toit, la maison aurait besoin de 200 000 â‚¬ pour parer au plus pressé : couverture, charpente et consolidation du mur porteur. Autant dire qu’en dehors de la toiture, dont la réfection a déjà  été budgétée, le reste du plan de sauvegarde minimum est plus qu’hypothétique à  développer pour une commune de 338 habitants.

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Le maire Pierre Barrail qui cherche à  sauver les monuments de son village, sans en avoir les moyens financiers, comme bien des petites communes rurales.

Quel avenir donc pour la Salle du Château de Sainte-Christie-d’Armagnac, bâtisse qui a résisté aux outrages du temps et de l’histoire, mais qui pourrait bien ne pas se relever d’un calcul comptable marqué du sceau du pragmatisme contemporain.

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